Datura GDS50

Attention danger : reconnaissez-vous cette plante ?

Datura GDS50

Attention danger : reconnaissez-vous cette plante ?

Les intoxications végétales des bovins sont rares car ils évitent généralement les plantes toxiques « sur pied ». Mais la toxicité de certaines plantes persiste dans les fourrages : même les vaches et les génisses qui ne sortent pas peuvent être exposées ! et même en hiver !

La réticence naturelle des bovins pour les plantes toxiques peut ainsi être “trompée” quand ces dernières sont séchées, hachées ou mélangées à l’ensilage ou au foin. Le fourrage peut ainsi être contaminé par le datura, l’amarante, la mercuriale, le galéga, la séneçon jacobée ou la morelle noire.

Petit zoom sur le Datura …

Le Datura stramoine est une adventice annuelle invasive, originaire du Mexique. Initialement observée dans le sud-ouest de la France, elle s’est étendue vers le nord. Le datura se rencontre dans les terrains vagues et les friches. Il peut coloniser certaines cultures (maïs, soja, cultures légumières …), voire les prairies. Il orne dans certains espaces verts et jardins d’amateurs, et parfois s’en échappent !
La plante fraîche est normalement ignorée par les bovins. Mais la consommation de foin ou de concentrés contaminés, voire d’herbes souillées, peut conduire à une intoxication. Tout est toxique dans le datura, en particulier les fleurs, les feuilles et les graines. Chaque bogue épineuse peut contenir jusqu’à 500 graines et plusieurs dizaines de bogues sont parfois présentes sur un pied. Les graines peuvent survivre près de 30 ans.
Les levées débutent généralement au mois d’avril et s’échelonnent jusqu’au début de l’automne. Les daturas profitent très souvent de la lumière créée par une attaque de sangliers ou un dessèchement prématuré du maïs pour lever en fin d’été.
Les doses toxiques sont faibles : 500 grammes de feuilles ou de graines suffisent pour intoxiquer un bovin. Un pied de datura pour 25 m² peut provoquer une intoxication mortelle chez les bovins dans l’ensilage de maïs. Les cas d’intoxication apparaissent de juin à mars, couvrant la période de floraison de la plante et la période de distribution hivernale des fourrages contaminés.
Les premiers signes cliniques apparaissent rapidement : prostration, perte d’appétit, hyperthermie, accélération du rythme cardiaque, arrêt du transit intestinal et constipation, sécheresse des muqueuses, hyperexcitabilité, trémulations musculaires, pupilles dilatées avec cécité. Contactez votre vétérinaire traitant en cas d’exposition.
Préventivement, l’arrachage manuel des plants dès leur observation est fortement conseillé. Il est nécessaire d’être protégé par des gants et des manches longues pour les arracher en toute sécurité. Il ne faut pas brûler les plantes arrachées car les fumées sont toxiques.

Le saviez-vous

  • L’Estocélan ®, médicament vétérinaire antispasmodique, contient de la scopolamine, une des molécules toxiques présentes dans cette plante, et dont les propriétés spasmolytiques sont mises à profit pour le contrôle des diarrhées chez les bovins, particulièrement quand elles sont associées à des douleurs abdominales.
  • En médecine humaine, le Scopoderm TTS ®, utilisé en patch contre le mal des transports, contient aussi de la scopolamine.
  • La scopolamine a été utilisée comme « sérum de vérité » au siècle dernier, puis à des fins criminelles depuis le début du 20ème siècle, sous le nom de « souffle du diable ». Les victimes deviennent dociles et perdent leur libre arbitre.
  • 4 à 5 grammes de feuilles de datura peuvent contenir une dose mortelle d’alcaloïdes pour l’Homme. La consommation de datura à des fins récréatives n’est pas rare. La recherche des effets hallucinogènes conduit souvent à une intoxication aiguë. Confondue avec des feuilles de tétragone cornue, des feuilles de Datura ramassées dans leur jardin potager, puis cuisinées, ont entrainé l’intoxication d’une famille.
  • Le Datura est résistant aux herbicides destinés à préserver la pomme de terre car il appartient à la même famille que celle-ci. Il colonise donc parfois les champs de pomme de terre après arrachage de ces dernières.

Dr C. LEBOEUF, vétérinaire-conseil au GDS Manche.