Botulisme GDS50

Botulisme : la grande faucheuse…

Botulisme GDS50

Botulisme : la grande faucheuse…

Le botulisme est lié à l’ingestion de la toxine botulique, l’un des plus puissants poisons connus au monde. Cette neurotoxine est secrétée par Clostridium botulinum.

Cette bactérie résiste très longtemps dans l’environnement sous forme de spores, qui peuvent transiter dans l’intestin des animaux. Lorsque qu’un animal contaminé meurt, ces spores trouvent dans le cadavre en décomposition des conditions favorables, et germent en une forme végétative capable de sécréter cette toxine. Ingérée, cette dernière bloque l’influx nerveux des vaches intoxiquées.
Les ensilages d’herbe ou de maïs constituent également des milieux anaérobies (absence d’oxygène) favorables au développement de l’agent du botulisme, notamment dans l’ensilage en balle ronde dont le taux de glucides solubles n’est pas toujours suffisant pour abaisser le pH. Le piégeage accidentel de gibiers (chevreuils, renards…) par les ensileuses sont souvent suspectés de contaminer l’aliment des bovins.

Lors de corvée d’ensilage :

  • Il convient d’être vigilant afin de ne pas piéger de gibier dans l’ensileuse. La mise en place de barre d’effarouchement à l’avant du tracteur (avec des chaines suspendues jusqu’au sol) diminue ce risque. L’utilisation d’un drone équipé d’une caméra thermique avant le passage des tracteurs permet de repérer la présence de gibier (faons, levrauts, oiseaux qui nichent au sol…). En effet, si les lièvres ou les faisans ont tendance à s’enfuir à l’arrivée des tracteurs, un faon va se blottir au sol et va donc finir inévitablement dans la faucheuse.
    « L’utilisation d’un drone équipé d’une caméra thermique avant le passage
    des tracteurs permet de repérer la présence de gibier »
  • Ne pas récolter les plantes dans un rayon de 5 mètres autour d’un cadavre de gibier repéré dans la parcelle avant le passage de l’ensileuse,
  • Si un gibier a été avalé par l’ensileuse, ne pas vider la remorque dans le silo,
  • Si des morceaux de cadavres sont découverts lors de l’ouverture d’une balle enrubannée, détruire cette balle.

Si des morceaux de cadavre sont découverts dans un silo, sa destruction est fortement conseillée. Si vous décidez malgré tout de ne pas détruire le silo, la vaccination avec le vaccin ULTRAVAC BOTULINIUM ® est fortement conseillée. Demandez conseil à votre vétérinaire traitant.

D’une manière générale, la prévention du botulisme repose essentiellement sur le respect des mesures de biosécurité en élevage :

  • Eviter l’épandage ou le stockage de fumier de volailles sur les pâtures, ou dans leurs voisinages, voire sur les parcelles de végétaux destinées à être ensilées ou enrubannées, surtout si les cadavres de volailles n’ont pas été rapidement retirés. Une mauvaise gestion de ces cadavres favorise, outre le danger représenté par le fumier, le risque de dispersion de ces cadavres par des chiens ou des renards, qui ont tendance à camoufler les restes, parfois dans une balle de foin ou dans le silo.
  • Proscrire le nettoyage d’une remorque ayant transporté un fumier de volaille à proximité d’une pâture ou d’un silo.
  • Proscrire l’élimination des petits cadavres (volailles, rats, pigeons, avortons…) dans le fumier. Utiliser une cloche à cadavre avant le ramassage par les services de l’équarrissage d’un veau mort ou d’un avorton, congeler les cadavres de volaille avant enlèvement, enfouir ceux des petits animaux (rats, pigeons…) dans un trou avec de la chaux vive.
  • Retirer rapidement, le cas échéant, les cadavres de petits animaux de l’aliment ou du puits (un cadavre d’oiseau ou de chat dans un puits, un rat noyé dans une tonne à eau ou retrouvé mort dans le concentré) ;

Le saviez-vous ?

      Sous forme aérosolisée, la toxine botulique pourrait être potentiellement utilisée comme arme biologique (bioterrorisme). La toxine botulique est aussi utilisée en médecine humaine contre la contraction musculaire à l’origine des rides (Botox®).

      En France, la majorité des cas de botulisme humain sont liés à des aliments conservés n’ayant pas subi de processus poussé de stérilisation : salaisons, charcuteries ou encore conserves d’origines familiale ou artisanale. Cette affection reste toutefois rare car elle concerne 0,5 cas par million d’habitants par an en France. Entre le 7 et 14 juillet 2025, six personnes ont été hospitalisées au centre hospitalier de Cholet (Maine-et-Loire) après avoir consommé des légumes mis en conserve de façon artisanale.

Quels sont les signes cliniques chez les bovins ?

Une fois la toxine ingérée par les bovins, et après une incubation moyenne de à 2-3 jours (de quelques heures à 18 jours selon la quantité ingérée), les animaux concernés présentent des signes de paralysie flasque :
– Perte d’appétit, abattement ;
– Démarche vacillante, chute, puis le bovin reste couché ;
– Difficultés pour mastiquer, pour avaler ;
– La langue peut rester pendante à l’extérieur de la bouche ;
– La température reste normale.

Dans la plupart des cas, les signes évoluent progressivement vers la mort par asphyxie respiratoire ou l’euthanasie. Parfois, la forme suraiguë peut entrainer la mort en quelques heures.

Le vendredi 1er septembre 2023, un cadavre de lièvre déchiqueté est découvert sur la table d’alimentation d’un élevage de bovins du sud de la Manche, parmi les refus d’un bol désilé la veille pour un lot de 96 vaches dans un cheptel de 180 vaches laitières. Dès le lendemain, parmi les 96 vaches du lot concerné par la distribution, plusieurs meurent, subitement pour les 1ers cas, puis après apparition pour les suivantes de signes de paralysie de l’arrière-train. Une semaine après la distribution de l’aliment, 77 vaches sont mortes, et la quasi-totalité du lot après 18 jours.

Dr C. LEBOEUF, Vétérinaire-conseil au GDS 50