La sécheresse sévit sur la métropole depuis juin dernier, avec un déficit de pluie historique et des vagues de chaleur à répétition. La Manche n’a pas été épargnée, jusqu’au 19 août dernier. Le retour des pluies, très attendu, peut cependant entraîner parfois des conséquences sanitaires. Félix LECLERC écrivait « Après la sécheresse, la pluie tombe comme des applaudissements ». Mais les applaudissements ne sont-ils pas contagieux comme certaines maladies ?
Un effet de chasse d’eau entrainant des épidémies de salmonelloses :
Depuis l’épidémie mondiale de salmonelloses digestives à Salmonella Typhimurium survenue à la fin des années 90, les cas de salmonelloses bovines étaient devenus relativement rares dans la Manche entre le début des années 2000 et 2017. Mais une nouvelle vague épidémique a sévi dans la Manche à la suite de la sécheresse observée en 2018 : l’été sec de 2018 a en effet très probablement favorisé cette recrudescence de cas cliniques dans les élevages. Les rares pluies estivales avaient lessivé les sols où s’étaient accumulées depuis des mois les salmonelles excrétées par certaines vaches porteuses saines, entraînant un véritable « effet de chasse d’eau ». La contamination massive des cours d’eau avait favorisé le passage plus fréquent à l’expression de la maladie. La recrudescence de ces foyers (cf encart ci-joint) a ainsi contribué à la contamination des animaux nuisibles et à la diffusion de ces bactéries dans l’environnement.
Il est donc fortement conseillé :
– de proscrire l’accès aux cours d’eau (fossés, ruisseaux, rivières…) et aux points d’eau (mares, étangs…),
– de distribuer exclusivement de l’eau potable (eau du réseau ou d’un captage privé contrôlée annuellement…), y compris dans les pâtures (bacs à eau). Faire procéder à un diagnostic de la qualité de l’eau en cas de résultats bactériologiques défavorables sur un captage privé utilisé pour l’élevage.
Les salmonelloses bovines
La forme digestive (diarrhée) est souvent plus spectaculaire que la forme abortive (avortements). Il est fréquent que le premier bovin malade soit une vache, dans les jours qui suivent le vêlage. La vache présente alors une forte fièvre (supérieure à 40° C), ne mange plus et ne donne plus de lait. Son état général est altéré. Puis une diarrhée très liquide « comme de l’eau », et putride (« ça sent très mauvais ») apparaît. On peut parfois y observer du sang et/ou des « morceaux de boyaux ».
Sur les veaux, les formes septicémiques sont fréquentes (envahissement de l’organisme par les salmonelles). On observe alors des veaux mous, ayant des difficultés à se lever, de la fièvre (supérieure à 40° C) persistante. Sans traitement précoce, la mort est fréquente.
Lors de suspicion de salmonellose digestive, un prélèvement de matières fécales avant le traitement est judicieux.
Lors de mortalité une autopsie au LABEO Manche est conseillée.
Lors d’avortement, la recherche de salmonelles est effectuée systématiquement sur la délivrance (et l’avorton si amené en bon état au LABEO Manche) dans le cadre du protocole avortement du GDS 50.
Les salmonelles actuellement en cause dans la Manche sont le plus souvent S. Montevideo avec parfois de véritables séries d’avortements, S. Mbandaka, et beaucoup plus rarement S. Typhimurium ou S. Dublin.
Des inondations avec des risques de paramphistomose larvaire :
La sécheresse a rendu les sols extrêmement durs, et donc imperméables à de grandes quantités d’eau arrivant d’un coup. La sécheresse peut donc favoriser les inondations. Les zones inondées sont des lieux de vie favorables aux petits escargots aquatiques qui peuvent héberger les larves du paramphistome.
Le paramphistome est un parasite dont l’adulte, petit ver gros comme un grain de riz, charnu et rougeâtre, est fréquemment isolé dans la panse des bovins pâturant en zone humide, sans que cela n’entraîne généralement de signes cliniques. Le paramphistome adulte « squatte » dans les papilles du rumen en se nourrissant du jus de la panse du bovin parasité. Sa longévité est importante : ce petit ver adulte peut rester fixé sur la paroi du rumen pendant plusieurs années en l’absence de traitement. Très prolifique, il pond des œufs, rejetés avec les bouses dans le milieu extérieur.
Ces œufs éclosent en larves qui doivent rapidement nager à la recherche de petits escargots d’eau douce. Une fois infestés, ces derniers libèrent des larves transformées qui se fixent sur des végétaux. Les zones à risque sont donc des zones marécageuses, des parcelles inondables, des berges, des fossés humides, des empreintes de sabot remplies d’eau, des flaques d’eau autour d’un bac à eau, des passages boueux entre 2 parcelles ou autour des râteliers…
Les bovins se contaminent en ingérant de l’herbe contaminée dans ces zones à risque. Il existe 2 formes de paramphistomose:
La forme chronique, liée à des infestations modérées et répétées, avec l’accumulation des parasites devenus adultes, fixés dans la panse et le réseau, est le plus souvent subclinique : Il faut au moins plusieurs centaines, voire des milliers de paramphistomes pour entraîner sur des bovins ayant pâturé plusieurs années une baisse de la production (croissance, lait), un amaigrissement, des ballonnements de la panse et un ramollissement des matières fécales.
La forme aigue est liée à une infestation massive. Les larves s’enfouissent dans la paroi de la caillette et de l’intestin grêle, et se nourrissent de sang. Les bovins, le plus souvent des génisses en première saison de pâture, en fin d’été ou à l’automne, présentent alors une très forte diarrhée d’apparition brutale, sans fièvre, un amaigrissement et une déshydratation prononcés, parfois fatale.
Un diagnostic clinique de paramphistomose larvaire délicat du vivant de l’animal…
S’il s’agit d’une première infestation, la recherche des œufs dans les matières fécales est négative chez les jeunes animaux en première saison car ce sont les larves qui sont en cause. Le diagnostic d’une forme aigue repose donc, à l’autopsie, sur une recherche de ces larves dans la paroi intestinale (grattage intestinal effectué sur demande lors d’autopsie en laboratoire). Du vivant de l’animal, il n’y a pas d’analyse possible, mais simplement une suspicion clinique et un contexte épidémiologique, très évocateurs.
Dr. Christophe LEBOEUF, vétérinaire-conseil au GDS Manche

