« J’ai pourtant fait comme d’habitude ! »
Plusieurs vaches laitières meurent dans les jours qui suivent la séance de tarissement.
Ces mammites suraiguës sont parfois accidentelles, alors que le trayeur procède de la même manière depuis des années sans problème particulier : il s’agit habituellement d’une « séance malheureuse » de tarissement d’un lot de vaches, avec une bactérie, le plus souvent Pseudomonas, résistante à de nombreux antibiotiques, et présente :
- « au mauvais endroit » : lors d’une désinfection non maîtrisée, ces bactéries peuvent se retrouver au bout du trayon, sur les lavettes, sur les mains, voire dans un gobelet trempeur insuffisamment décapé (biofilms de Pseudomonas). Ne pas tremper les tubes dans un seau d’eau avant leur utilisation ! La contamination peut aussi avoir lieu l’été, lorsque les vaches taries se regroupent dans des zones ombragées souillées par leur bouse.
- « au mauvais moment » : le tarissement entraîne de profonds bouleversements physiologiques au sein de la mamelle, favorisant le développement explosif de ces bactéries introduites accidentellement lors de la séance de tarissement.
Ces bactéries peuvent aussi parfois être hébergées en petites quantités dans certains quartiers avant le tarissement, avec peu voire pas de manifestation clinique. L’arrêt de la traite permettrait leur multiplication brutale et dramatique. Cela peut expliquer des mammites suraiguës lors de plusieurs séances de tarissement.
Plusieurs causes ont été répertoriées
▪ Des canalisations d’eau peuvent parfois être tapissées par des biofilms, pellicules microscopiques visqueuses constituées de micro-organismes. Ces biofilms constituent une source d’infection qui peut alors contaminer des chauffe-eaux, des réservoirs de traitement de l’eau, et enfin des eaux contenant les lavettes.
▪ Une cuve tampon alimentée par un captage privé présente un risque d’encrassement élevé car l’eau souterraine transporte des éléments minéraux et organiques qui sédimentent dès que l’eau est stockée et immobilisée. Le volume doit permettre un renouvellement complet de l’eau en moins de 48 à 72 heures afin d’éviter la stagnation.
▪ Les eaux résiduelles pouvant stagner dans les plateaux de lavage et les manchons trayeurs peuvent favoriser le développement des Pseudomonas, notamment avec des températures estivales.
▪ L’utilisation de l’eau de rinçage (3ème cycle) pour le nettoyage du sol des quais de traite est fortement déconseillée, car cela peut contaminer massivement la salle de traite et ses équipements (sols, tubulures, manchons, plateau de lavage…), source de contamination des vaches lors de la traite.
Préventivement
▪ Le respect des étapes de nettoyage de la machine à traire est fondamental pour éviter les dépôts dans le circuit à lait, favorables au développement de ces bactéries.
▪ L’eau en provenance d’un captage privé, le cas échéant, doit être annuellement contrôlé potable, et l’ouvrage doit être correctement protégé et entretenu. Vérifiez régulièrement le niveau d’encrassement (dépôts, sable…) de la cuve tampon le cas échéant.
▪ Un passage des lavettes au moins deux fois par semaine en machine à laver à au moins 70 °C puis au sèche-linge permet d’assurer une décontamination correcte. Les lavettes réutilisées humides sont à risque, surtout si le programme de lavage est inférieur à 60°C : il est alors préférable de les remplacer par du papier à usage unique.
▪ Les manchon-trayeurs doivent être régulièrement changés selon la fréquence indiquée par le fournisseur.
Lors des séances de tarissement, et afin d’éviter « d’introduire le loup dans la bergerie ! »
• Porter une tenue propre ;
• Se laver méticuleusement les mains au savon puis les désinfecter. Porter une paire de gants à usage unique (c’est-à-dire une paire neuve à chaque vache) ;
• Utiliser des lingettes désinfectantes pré-imbibées fournies, en insistant sur le sphincter pendant au moins 30 secondes. Ne pas revenir avec la lingette sur le sphincter lorsque celle-ci a touché le corps du trayon ou les cuisses. Répétez l’opération avec autant de lingettes qu’il faudra, jusqu’à ce qu’elles soient visuellement propres.
• Ouvrir le capuchon de la seringue au dernier moment, juste avant d’administrer l’antibiotique et/ou l’obturateur.
• Lors de l’utilisation d’un obturateur, pincez la base du trayon et injectez lentement le contenu de la seringue afin d’éviter sa remontée au-delà de la citerne du trayon. Certaines seringues contiennent de l’air : si vous l’injectez, il risque de pousser l’obturateur trop loin : il faut donc au préalable chasser l’air en suivant les préconisations du fournisseur. De plus, certaines seringues ont un embout sécable en leur milieu, ce qui permet de choisir entre une insertion partielle ou totale. En cas d’utilisation d’obturateurs sans antibiotique, leur administration doit être correcte, afin de ne pas introduire de bactéries dans le quartier, et d’éviter d’introduire le loup dans la bergerie ! Un obturateur correctement posé est cependant une réelle sécurité pour ce type de mammite, alors que les seringues antibiotiques ne sont souvent pas suffisantes à détruire ces bactéries multi-résistantes.
• Maintenir les vaches dans un environnement propre et les surveiller dans les jours qui suivent le tarissement.
LE SAVIEZ-VOUS ?
De nombreux hôpitaux interdisent les fleurs car certaines bactéries dangereuses, et notamment les Pseudomonas, prolifèrent dans l’eau stagnante des vases, menaçant les patients fragiles dans les services de réanimation, de soins intensifs, et dans la plupart des maternités.
C. LEBOEUF, vétérinaire conseil au GDS 50

