Néosporose : le renard est-il en cause ?

Néosporose : le renard est-il en cause ?

Le renard est souvent suspecté de transmettre la néosporose bovine, maladie bovine due au parasite Neospora caninum, qui s’exprime essentiellement sous forme d’avortement, le plus souvent dans le 2ème tiers de gestation. Qu’en est-il exactement ?

Ce parasite, proche des toxoplasmes, existe sous 3 formes :

  • l’oocyste, forme encapsulée très résistante, présente dans les matières fécales des hôtes définitifs qui se contaminent en mangeant des délivrances ou des avortons de vaches parasitées. Ces hôtes définitifs excrètent ensuite, pendant quelques jours à plusieurs semaines, des oocystes dans leurs fèces.
  • les tachyzoïtes, formes pathogènes se disséminant par le sang jusqu’à l’utérus gravide, et les bradyzoïtes qui s’enkystent dans les tissus nerveux et musculaire, sont les deux éléments présents chez les hôtes intermédiaires, qui se contaminent en ingérant de l’aliment souillé par les crottes de chien.

Les hôtes intermédiaires susceptibles d’exprimer les signes cliniques, notamment des avortements, sont principalement les bovins. Neospora caninum a un nombre restreint d’hôtes définitifs : ils appartenant à la famille des canidés, notamment :

  • le chien domestique (Canis lupus familiaris),
  • le dingo (Canis lupus dingo),
  • le coyote (Canis latrans),
  • le loup (Canis lupus).

Des thèses vétérinaires récentes confirment qu’à ce jour, le renard (Vulpes vulpes) ne fait pas partie de la liste des hôtes définitifs de la néosporose, alors que plusieurs études ont essayé en vain de montrer le contraire.

En juin 2022, l’ANSES (1) conclue dans un rapport que « le renard n’a jamais été démontré comme pouvant être un hôte définitif de Neospora caninum et ne constitue donc pas une source de parasite pour les hôtes intermédiaires comme les bovins. Son rôle épidémiologique vis-à-vis des bovins est donc nul ».

Certes, une enquête sérologique a démontré la présence d’anticorps sur une faible partie des renards prélevés, indiquant un probable contact avec le parasite. Mais le renard constitue une impasse pour ce parasite qui n’arrive pas à se développer puis à être disséminé dans les matières fécales. Le renard ne constitue donc pas une source de Neospora pour les bovins.

Dans la Manche, le renard est très présent, mais la néosporose bovine régresse. Ainsi, les taux de vaches avortées séropositives et de bovins dépistés séropositifs à l’introduction baissent régulièrement depuis 30 ans, malgré sa présence.

Afin d’éviter l’introduction de la maladie dans un cheptel, il est fortement conseillé d’effectuer un contrôle sérologique à l’introduction sur tout bovin (futur) reproducteur, idéalement dans les 15 jours qui précèdent la transaction. La surveillance nécessite de déclarer tous les avortements et de solliciter un protocole de recherche sur avortée du GDS.
(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

Le saviez-vous ?
Au Moyen Âge, le renard était appelé goupil. Il doit son nom commun actuel au Roman de Renart, œuvre littéraire très connue du Moyen Âge, dont les héros sont des animaux portant chacun un nom. Le goupil du livre s’appelle Renart.
Les renards jouent un rôle dans la régulation des rongeurs en campagne, tels que les campagnols, les mulots, les souris, ou encore les rats, ce qui permet de limiter les dégâts que font ces rongeurs aux récoltes.
Le renard roux adulte est souvent solitaire mais il peut parfois vivre en couple voire former des groupes sociaux de quelques individus, qui néanmoins continuent à chasser seuls.
La proportion de femelles gestantes et le nombre de renardeaux par portée s’adaptent selon les ressources et le territoire disponibles, ce qui exclut toute notion de surpopulation.
Les renards sont vecteurs de l’échinococcose alvéolaire, maladie qui peut se révéler mortelle chez l’homme.

Dr C. LEBOEUF, Vétérinaire-conseil

Aucun chien ne doit avoir accès librement, sans surveillance, aux aires de vie des bovins, ni aux zones de stockage de leurs aliments afin d’éviter la diffusion de la néosporose au sein du reste du cheptel.